Depuis le 30 juillet 2026, le Sénat béninois est officiellement installé et a adopté son règlement intérieur, déclaré conforme à la Constitution par la Cour constitutionnelle. Cette nouvelle institution, issue de la révision constitutionnelle du 17 décembre 2025, suscite de nombreux débats sur son rôle, son coût et son influence dans l’architecture politique du pays. Dans une réflexion publiée le 18 août 2026, l’économiste Albert HONLONKOU propose de dépasser la seule question budgétaire pour examiner les conséquences institutionnelles et financières de cette nouvelle chambre.

Pour l’économiste, la création du Sénat répond d’abord à une recherche de stabilité. Dans une région où les alternances politiques peuvent parfois remettre en cause les politiques engagées par les gouvernements précédents, l’allongement de l’horizon des décideurs peut constituer, selon lui, « un bien économique réel ». Mais cette stabilité ne doit pas empêcher de s’interroger sur les mécanismes de contrôle et d’équilibre des pouvoirs.

C’est ici qu’Albert HONLONKOU introduit la notion de « joueurs à véto », empruntée aux travaux du politologue américain George Tsebelis. Il s’agit des acteurs dont l’accord est nécessaire pour modifier une situation existante. Plus ces acteurs sont nombreux et divergents, plus il devient difficile de changer les politiques publiques.

Avec le passage d’un Parlement monocaméral à un Parlement composé de l’Assemblée nationale et du Sénat, le nombre d’acteurs institutionnels susceptibles d’intervenir dans le processus politique évolue. Le Sénat dispose notamment d’un avis de non-objection sur certaines catégories de textes particulièrement sensibles : révisions constitutionnelles, lois électorales et textes relatifs aux partis politiques.

Mais Albert HONLONKOU invite à ne pas s’arrêter à cette apparente multiplication des contre-pouvoirs. Il développe la notion de « règle d’absorption » : lorsqu’un nouvel acteur partage les mêmes préférences que les acteurs déjà en place, son pouvoir de blocage réel peut être limité. Autrement dit, ajouter une institution ne signifie pas automatiquement ajouter un véritable contrepoids.

L’économiste relève également une particularité du nouveau dispositif : dans certaines situations de désaccord entre le président de la République et l’Assemblée nationale, le Sénat peut être appelé à adopter le texte définitif. Il ne serait donc pas seulement une chambre susceptible de ralentir l’action législative ; il pourrait aussi jouer un rôle d’arbitre permettant de sortir d’un blocage.

Cette évolution constitue, selon l’auteur, un déplacement important dans l’équilibre institutionnel. Dans l’ancienne architecture constitutionnelle, certaines situations de désaccord pouvaient être arbitrées par la Cour constitutionnelle. Avec la nouvelle organisation, une partie de cette fonction se déplace vers le Sénat.

UNE QUESTION QUI DÉPASSE LA POLITIQUE

C’est cependant sur le terrain économique qu’Albert HONLONKOU entend mesurer la portée réelle de cette réforme.

À fin juin 2026, la dette publique béninoise s’élève à 9 122,2 milliards de FCFA, soit environ 50,1 % du PIB. L’économiste estime qu’une amélioration même limitée des conditions auxquelles le Bénin emprunte peut représenter des économies considérables pour les finances publiques.

À titre d’illustration, une baisse d’un point de pourcentage du coût moyen de la dette représenterait, sur un encours de cette ampleur, plusieurs dizaines de milliards de FCFA d’économies potentielles. Dès lors, la qualité des institutions, la prévisibilité des politiques publiques et la crédibilité des engagements de l’État deviennent aussi des questions financières.

C’est l’un des apports majeurs de la réflexion : la Constitution ne concerne pas uniquement les juristes et les politologues. Elle peut également avoir un prix économique.

Pour Albert HONLONKOU, la création du Sénat doit donc être évaluée à partir de sa capacité réelle à produire de la stabilité, de la crédibilité et de la qualité institutionnelle. Il souligne que rien n’est encore définitivement joué. Le Sénat vient à peine de commencer son existence effective et son comportement futur permettra de déterminer s’il devient véritablement une chambre de délibération et de modération ou simplement une institution supplémentaire dans l’architecture de l’État.

L’auteur appelle ainsi à observer concrètement les travaux de la nouvelle chambre : votes, décisions, désaccords, degré d’autonomie et fonctionnement institutionnel. Il propose même la construction d’un indice béninois des contraintes politiques, permettant de mesurer chaque année l’évolution de la stabilité et de la crédibilité institutionnelles et de la mettre en relation avec les conditions de financement du pays.

Au fond, la réflexion d’Albert HONLONKOU invite à regarder le Sénat au-delà des polémiques sur son coût ou son opportunité. La question essentielle serait plutôt de savoir ce que cette nouvelle institution apporte réellement à la stabilité du Bénin et, indirectement, à sa crédibilité économique et financière.

Pour l’économiste, une institution n’acquiert pas son importance uniquement par le texte qui la crée. Elle la gagne par la manière dont elle exerce ses responsabilités.

Le Sénat béninois vient donc d’entrer dans l’histoire institutionnelle du pays. Reste désormais à mesurer, dans la pratique, le rendement politique, démocratique et économique de cette nouvelle architecture.

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