Six ans après le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta, le 18 août 2020, le Mali a profondément changé. Mais derrière le discours de « refondation » et de souveraineté revendiqué par les autorités de transition, le bilan demeure contrasté. Le pays a connu de profondes transformations institutionnelles et géopolitiques, sans pour autant régler ses principales difficultés sécuritaires et politiques.

Sur le plan institutionnel, la rupture est manifeste. Une nouvelle Constitution a été adoptée en juin 2023, renforçant notamment les prérogatives du chef de l’État. Le cadre politique a ensuite connu une nouvelle évolution avec la dissolution des partis politiques en 2025. Cette décision, présentée par les autorités comme une étape de rationalisation de la vie politique, a été vivement critiquée par des organisations internationales et des acteurs de l’opposition.

Le changement est encore plus spectaculaire sur le plan diplomatique. Bamako a rompu avec plusieurs partenaires occidentaux, notamment la France, et s’est éloigné de la CEDEAO. Avec le Burkina Faso et le Niger, le Mali a créé l’Alliance des États du Sahel, devenue Confédération, et renforcé son partenariat avec la Russie. Cette nouvelle orientation constitue l’un des résultats les plus visibles de la politique de souveraineté défendue par Assimi Goïta.

Sur le plan sécuritaire, le bilan est cependant beaucoup plus difficile à établir. Les autorités mettent en avant le renforcement des Forces armées maliennes et leur volonté de reprendre l’initiative sur le terrain. Mais les attaques jihadistes demeurent une réalité. En avril puis en juillet 2026, des offensives coordonnées ont visé plusieurs positions militaires, notamment dans le nord et le centre du pays. Ces attaques montrent que, six ans après le putsch, la menace armée reste loin d’être éradiquée.

Le partenariat militaire avec la Russie n’échappe pas non plus aux controverses. Si Bamako y voit un instrument de souveraineté et d’autonomie stratégique, des organisations de défense des droits humains ont dénoncé des exactions attribuées aux forces russes d’Africa Corps et aux forces maliennes.

Sur le terrain économique, la situation est plus nuancée. Le pouvoir a renforcé son contrôle sur les ressources minières, notamment l’or, et cherche à accroître les recettes publiques ainsi que la transformation locale. Mais les difficultés persistent, alors que l’économie reste fortement dépendante de l’agriculture, de l’or et d’un environnement sécuritaire fragile.

Surtout, la question politique demeure entière. Six ans après le coup d’État, le Mali n’a toujours pas organisé les élections qui devaient initialement permettre le retour à un pouvoir civil. Le cadre instauré depuis 2025 permet désormais à Assimi Goïta d’exercer un mandat renouvelable de cinq ans, sans qu’un calendrier électoral de retour au régime constitutionnel antérieur soit clairement établi.

Six ans après le putsch, le Mali est donc incontestablement transformé. La rupture avec l’ancien modèle est réelle, les alliances ont changé et les institutions ont été profondément remaniées. Mais la véritable question reste celle de l’efficacité de cette refondation : a-t-elle permis de rendre le pays plus sûr, plus stable et plus prospère ? Sur ces trois fronts, le bilan demeure encore ouvert.

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