Située dans le sud-ouest du Niger, la région de Tillabéri concentre aujourd’hui les pires tensions sécuritaires du Sahel. Aux confins du Mali et du Burkina Faso, elle forme avec ces deux pays la zone des trois frontières, devenue un sanctuaire des groupes jihadistes. Avec une superficie de 97 251 km² et plus de 4,3 millions d’habitants, Tillabéri est peuplée majoritairement de Djermas, de Peuls, de Touaregs et de Haoussas. Divisée en treize départements dont le chef-lieu éponyme, elle entoure la capitale Niamey et constitue une région stratégique pour l’ensemble du pays.
Mais c’est la violence qui définit désormais son identité. En 2025, sur les 1 939 décès enregistrés au Niger, plus de 1 200 l’ont été dans cette seule région, selon l’ACLED. Deux groupes y dominent : l’État islamique dans la province du Sahel (ISSP) et Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Ils mènent une guerre de harcèlement contre les forces de sécurité, les chefs traditionnels et les populations civiles. Les derniers mois ont été particulièrement sanglants. Le 18 janvier 2026, trente-et-un civils ont été massacrés à Bosiye pour avoir refusé de payer un prélèvement forcé. En février, vingt-six membres d’un groupe d’autodéfense ont été tués à Anzourou. En mai, une attaque contre un camp militaire à Garbougna a fait soixante-sept morts. Le département de Téra, frontalier du Burkina Faso, a enregistré le plus haut niveau de violence.
Les conséquences humanitaires sont immenses. L’insécurité alimentaire s’aggrave, des dizaines de milliers de personnes sont déplacées et l’accès humanitaire reste extrêmement difficile dans les zones rurales. Depuis le coup d’État de juillet 2023, les autorités nigériennes ont changé de stratégie : expulsion des forces occidentales, arrivée des mercenaires russes d’Africa Corps et mobilisation générale décrétée en décembre 2025. Pourtant, la progression des groupes armés ne semble pas enrayée. L’attaque contre l’aéroport international de Niamey fin janvier 2026 a montré que la menace frappait désormais aux portes de la capitale.
Sans amélioration significative des conditions sécuritaires, Tillabéri devrait rester un point chaud de la violence dans les mois à venir. Elle est devenue le baromètre de toute la crise sahélienne.
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