Trois chroniqueurs réputés proches du parti Pastef ont été condamnés à des peines de prison ferme par le tribunal de Dakar, mercredi 5 août 2026. Poursuivis pour offense au chef de l’État et discours contraires aux bonnes mœurs, ils étaient jugés après la diffusion d’une vidéo dans laquelle ils appelaient au malheur et à la mort de « celui qui a trahi le projet du Pastef », des propos que la justice a considérés comme visant le président Bassirou Diomaye Faye.

Le tribunal a condamné Lamignou Darou à trois mois de prison ferme, tandis que Oustaz Thiep et Ndiaye Touba ont chacun écopé de deux mois de prison ferme. Les trois hommes devront également payer une amende de 500 000 francs CFA chacun.

Le parquet avait pourtant requis des sanctions plus sévères : un an d’emprisonnement, dont six mois ferme, contre Lamignou Darou, et trois mois de prison ferme contre les deux autres prévenus. Les trois chroniqueurs du média en ligne Feeñal Digital, considéré comme proche de Pastef, avaient été interpellés le 28 juillet dans les locaux de leur rédaction, quelques heures après la diffusion de la vidéo à l’origine des poursuites.

À la barre, Lamignou Darou, déjà condamné en octobre dernier pour des faits similaires, a d’abord assumé ses déclarations avant de revenir sur ses propos, affirmant qu’il ne faisait que commenter l’actualité. Oustaz Thiep et Ndiaye Touba ont, pour leur part, soutenu qu’ils n’avaient jamais cité le président de la République ni une quelconque institution, évoquant une simple discussion entre amis à caractère humoristique.

Le tribunal n’a pas retenu cette ligne de défense. Pour le procureur, le destinataire des propos ne faisait aucun doute, même si le nom du chef de l’État n’avait pas été explicitement prononcé. Les juges ont suivi cette analyse en prononçant des peines plus lourdes que celles infligées récemment dans des affaires similaires.

À l’issue du procès, Me Aby Nar Ndiaye, avocat des trois chroniqueurs, s’est dit « surpris et déçu » par cette décision. Selon lui, rien ne permettait de conclure que ses clients avaient visé le président Bassirou Diomaye Faye. La défense estime que les faits reprochés relevaient d’une conversation privée entre amis et a annoncé qu’elle ferait appel du jugement.

Cette condamnation intervient dans un contexte de fortes tensions politiques au Sénégal, marqué par la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et le leader de Pastef, Ousmane Sonko, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale. Pour les avocats des trois condamnés, cette affaire illustre un climat de crispation politique. Les autorités judiciaires, de leur côté, soutiennent avoir appliqué la loi au regard des infractions retenues par le tribunal.

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