Le Sénat, sous sa forme actuelle, présidé par le duc, ressemble à une grande allégorie de nos sociétés africaines. C’est l’histoire d’une famille polygame où le père de concession reste le seul à pouvoir entrer, sans demander permission, dans la chambre de chacune de ses femmes. Il connaît les secrets de l’une comme ceux de l’autre, les ambitions de leurs enfants, leurs petites rivalités et leurs grandes querelles. Surtout, il possède ce pouvoir que les anciens connaissent bien, celui d’opposer les uns aux autres quand cela sert sa domination pour l’équilibre de la maison, puis de réunir tout le monde autour de la même natte lorsque le feu commence à prendre. Puisque, sous nos cieux, le père polygame dispose d’un pouvoir spirituel, social, financier, politique et même occulte. Et n’est pas polygame qui veut, mais qui peut. C’est l’ensemble de ce pouvoir de veto que lui confère aujourd’hui le Sénat. Il peut donc, après avoir opposé deux femmes et leurs enfants, décider quand mettre fin au combat. Voilà le premier pouvoir du duc qui fait de lui le pompier pyromane.

Son avantage est que le Parlement, dans sa dixième texture, est certes monocolore, mais il n’est pas nécessairement monolithique. La majorité parlementaire peut devenir volontairement un contrepoids agressif à celle qu’on peut considérer comme la première épouse de la maison politique. Car c’est le parcours de deux belles femmes que tout oppose et que tout rassemble en même temps, pour avoir nourri le même rêve, celui d’hériter de la maison du duc. L’une a promis de tenir la maison avec dignité, l’autre a promis d’être la ceinture de sécurité de la première. Et à Abomey, après l’annonce des résultats, cette fameuse ceinture a été rendue bien visible, comme on peut le voir sur cette image, soigneusement mise en évidence, avec l’initiale du nom de la première, ce qui n’était pas une habitude vestimentaire de cette deuxième femme. Un peu pour rappeler à tous que ce n’était pas une simple ceinture. Or, dans l’histoire d’un combat de boxe, seule la championne porte une ceinture. Les deux femmes se disputent alors le titre de championne alors qu’on sait déjà qui est la championne en titre.

Le troisième atout du duc, c’est qu’il négocie toujours dans les coulisses, que ça vous arrange ou pas, avant de recourir à la force, à la ruse ou à la rage, comme dirait l’autre. Et ce qui est surtout essentiel à garder, c’est que généralement, chez nous, ce père polygame n’oppose pas ses femmes et leurs enfants pour les entretuer, mais pour créer une saine émulation et les empêcher de croire que l’héritage leur est dû. Il veut que chacun travaille, produise, grandisse et mérite sa part de la maison. Les deux lignées sont alors condamnées à travailler pour que leur nom survive et, par ricochet, grandir le nom de leur maison qui, ici, est la République, notre pays commun. Donc, ne prenez plus au premier degré ces mots du duc qui disait « La présidence du Sénat ne m’intéresse pas » ou « Je ferai de mon mandat un mandat unique ». C’est la méthode connue des pères polygames. Et Ajavon l’avait très vite compris. Victor Topanou, lui, a encore, coincées dans sa tête, les bribes d’images qui illustrent le cas d’Olivier Boko: « Je pensais que ce que Boko faisait, c’est Talon qui l’autorisait. »

Heureusement, aujourd’hui, le duc qui tient la boîte d’allumettes n’est plus vraiment seul à tout décider, même si son ambition semble protéger à la fois l’équipe et la République. Il peut être influencé par les deux belles-familles, les sages de la cour et surtout les petits-enfants de ces femmes, qui sont bien souvent très capricieux. Mais notre prière est que nous n’ayons jamais le grondement du fer et du feu sous nos cieux.

C’était votre chronique CONTRE-JOUR, merci pour l’attention et à lundi, si Dieu nous prête vie.

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