La cité des Kobourou s’éveillait à peine lorsque le Président de la République entamait, en cette matinée d’après-Gaani, une longue marche athlétique à travers les artères de Parakou. Ce n’était là que le prélude d’une journée entière consacrée à la proximité. Romuald Wadagni se rendait successivement auprès des militaires engagés dans l’opération Mirador, des agents des douanes du Borgou, puis des étudiants de la ville de Parakou, auxquels il dévoilait les contours de sa méthode de travail. Entre deux étapes, il s’arrêtait chez de petits commerçants pour quelques achats de fortune, dans un ballet incessant qui dessinait déjà le portrait d’un chef de l’État en prise directe avec le quotidien de ses concitoyens.

Mais c’est au Centre Hospitalier Départemental (CHD) du Borgou que la journée trouverait son apogée émotionnel. Là, le chef de l’État avait choisi de se soustraire aux rapports bureaucratiques et aux fiches synthétiques qui lui parviennent d’ordinaire au palais. Il voulait voir par lui-même, entendre de la bouche des malades les réalités que les paperasses édulcorent parfois. Sans intermédiaire, il s’approchait et échangeait avec les patients, s’enquérait de leur situation.

Au milieu de cette foule se trouvait un citoyen venu au chevet de son père, dialysé. L’homme, ému par la présence du président au milieu des patients, avait entrepris de filmer lui-même la scène. Dans la vidéo, il ne dissimule ni sa joie ni son désir de profiter de cette rencontre pour faire entendre une préoccupation qui lui tient particulièrement à cœur. « Nous allons profiter pour lui exprimer nos désirs », dit-il alors qu’il attend l’occasion de s’adresser au chef de l’État. Le président Wadagni venait de s’entretenir avec une personne vivant avec un handicap. Il s’était enquis de sa situation et lui avait adressé quelques mots d’encouragement.

Alors que Romuald Wadagni tournait les talons après son échange avec l’infirme, le citoyen saisit sa chance. « Bonsoir, Monsieur le Président ! » L’élu se retourna, leva la main en signe de salut à l’assistance, puis reprit sa route. L’homme insista : « Pensez aussi aux dialysés, Monsieur le Président. » Fiacre Vidjingninou, directeur de la Communication à la Présidence, qui se tenait face au citoyen, tenta d’intercepter l’appel : « On y pense. » Ce n’était pas suffisant pour le citoyen. Comme Bartimée, l’aveugle de Jéricho, qui apprenant que Jésus passait sur son chemin refuse de se taire, le fils de dialysé redoubla d’insistance et tenta une troisième fois sa chance, cette fois avec une intensité désespérée : « Surtout les dialysés ! » Le directeur de la Communication, quelque peu agacé, levait les mains en un « Pardon, pardon » qui sonnait comme un dernier rempart.

C’est alors que le Président ralentit le pas. Il pivota, chercha du regard l’auteur de cette voix obstinée, et, d’un geste lent, pinca son oreille droite entre le pouce et l’index. « J’ai entendu », dit-il simplement, avec une émotion palpable.

En cet instant, le soulagement dénoue la gorge du citoyen qui lance « d’accord merci beaucoup ! » Déchargé d’un poids immense, il allait porter cette parole présidentielle au chevet de son père. Car le premier remède, avant toute ordonnance, est souvent l’écoute. Et c’est ce que Romuald Wadagni a offert au CHD-Borgou.

À quatre-vingt-dix jours seulement de son accession au pouvoir, ce geste s’inscrit dans une série de décisions et d’initiatives à fort impact social et économique qui, depuis 1990, n’a pas connu d’équivalent dans leur densité. Par cette oreille tendue vers un simple citoyen, le chef de l’État confirmait sa méthode, qui est celle d’une proximité tissée pas à pas, au fil des rencontres.

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