Fon, yoruba, dendi, bariba, adja, goun et bien d’autres langues retrouvent progressivement leur place sur les ondes, les écrans et les plateformes numériques au Bénin. Une dynamique qui vise à rapprocher l’information des populations, à préserver un patrimoine vivant et à redonner toute sa valeur aux langues porteuses de la mémoire collective. Avec Bénin TV Alafia, Radio Bénin Alafia et l’engagement croissant des médias privés, les voix du pays réinvestissent peu à peu l’espace public.

Une parole longtemps reléguée à la sphère privée

Pendant des décennies, le français a dominé l’espace médiatique national. Les langues nationales, elles, restaient confinées aux échanges familiaux, aux marchés, aux cérémonies traditionnelles et à certaines émissions de proximité.

Pourtant, ce sont elles qui accompagnent les premiers mots de l’enfant, structurent les échanges quotidiens et portent la transmission des valeurs, des proverbes et des récits. Elles traduisent une manière singulière de comprendre le monde et de le raconter.

Le service public ouvre une nouvelle étape

Le tournant s’est accéléré avec le développement du service public audiovisuel. Bénin TV Alafia et Radio Bénin Alafia consacrent désormais une large part de leurs programmes aux langues nationales : journaux, magazines, débats, émissions culturelles et sensibilisations.

Selon un responsable de production de la Société de Radio et Télévision du Bénin, « informer un citoyen dans sa langue, c’est lui parler avec plus de précision, mais aussi avec plus de respect ».

Cette orientation répond à une exigence simple : rendre l’information plus accessible et plus proche des réalités quotidiennes.

Les médias privés amplifient la dynamique

Au-delà du service public, les médias privés et les radios communautaires s’inscrivent également dans cette évolution. Plusieurs productions en fon, yoruba, bariba ou dendi émergent, portées par des journalistes et créateurs de contenus.

Cette proximité linguistique renforce l’impact des messages, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et du débat citoyen. Le public, lui, s’y reconnaît davantage.

Un enjeu de transmission culturelle

Au-delà de la communication, il s’agit d’un enjeu de mémoire. Pour une enseignante de langue fon à Cotonou, « lorsqu’une langue disparaît de l’espace public, une partie de notre manière de penser s’efface avec elle ».

Les médias deviennent ainsi des passerelles entre générations. Les enfants découvrent à l’écran les mots de leurs grands-parents, tandis que proverbes et récits traditionnels retrouvent une nouvelle visibilité.

Le numérique accélère ce mouvement : vidéos courtes, podcasts et contenus éducatifs en langues nationales circulent massivement sur les réseaux sociaux.

Une identité qui retrouve sa voix

Ce retour des langues nationales ne relève ni de la nostalgie ni du folklore. Il traduit une affirmation culturelle et sociale.

S’exprimer dans la langue du public, c’est reconnaître son histoire, sa dignité et sa capacité à comprendre le monde. C’est aussi renforcer la participation citoyenne à la vie nationale.

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