Le militantisme des jeunes au Bénin est une maison dont les portes ont été scellées, à la fois par manque de conviction idéologique et par le mépris des obligations des aînés. Forclos, comme un droit perdu faute d’avoir été exercé à temps. Forclos, comme une jeunesse à qui l’on a fait croire que la politique n’était qu’un marché de dupes, un cirque où l’on vend son vote contre un sac de riz, où l’on exige le paiement de perdiems pour le déplacement avant de participer à une activité politique, alors que cette même jeunesse est censée apporter sa contribution financière et intellectuelle à ce regroupement politique.

D’autres ont très tôt hérité de l’agilité nécessaire pour sauter de branche en branche, surtout à la veille des élections. À la fin de cette pagaille, c’est pour voir cette jeunesse pleurer sur son propre sort, puisqu’elle finit, à chaque fois, par atterrir dans le ravin. Ce n’est peut-être pas entièrement de sa faute, lorsqu’on interroge la place accordée à l’idéologie dans les grands regroupements politiques, où celle-ci était facultative, une situation même consacrée par la loi. On avait ainsi donné à la jeunesse l’autorisation officielle, sur papier, de ne croire en rien, si ce n’est en l’argent.

On tente de faire croire que la politique est un jeu de comédiens dont on peut se désintéresser sans conséquence. D’autres, au contraire, cherchent à faire accepter à la jeunesse que la politique est dangereuse et qu’il ne faut jamais s’en approcher. Peut-être est-ce vrai, mais c’est pourtant par la politique que se joue le destin des treize millions de Béninois. C’est elle qui décide de la qualité de nos écoles, de nos hôpitaux, du coût de la vie, de nos libertés et de notre avenir. C’est elle qui permet à un citoyen lambda, inconnu hier, de commander aujourd’hui toute une armée et de tenir le sort du pays entre ses mains. Voilà bien la preuve qu’on ne doit jamais s’amuser avec la politique et qu’elle doit intéresser tout le monde.

Mais, malheureusement, depuis trente-cinq ans, la détresse s’est installée et, avec elle, sa hantise : celle d’un avenir écrit sans les jeunes, par des mains vieillies qui ne veulent pas lâcher la plume. Cette vieille classe politique, qui ne cesse de parler de « renouvellement », verrouille en réalité chaque espace de pouvoir. Qu’en est-il de l’alternance ? Peut-être un mythe. Qu’en est-il de la relève ? Peut-être une utopie. Tout est flou, soigneusement entretenu, et chaque espoir d’engagement finit par s’échouer sur les récifs du découragement.

Dans cette confusion, une autre catégorie de jeunes a émergé : ceux qui entrent en politique non pas pour servir, mais pour se servir. Ceux qui refusent de mouiller le maillot, qui n’ont jamais défendu une idée, mais qui rêvent pourtant d’être nommés ou positionnés sur des listes électorales. Pourquoi se battre, pourquoi militer, pourquoi croire en un idéal quand certains sont parachutés sans effort ? Que faire quand le mérite est piétiné et que seuls comptent les appuis et les relations ? Voilà autant de questionnements que ces jeunes peuvent se poser, à tort ou à raison.

Le militantisme n’existe-t-il plus, remplacé par l’opportunisme ? Les écoles de parti ont disparu, ou du moins celles qui avaient été promises n’existent-elles que de nom ? Pas de formation, pas d’idéologie, pas d’apprentissage du débat. Seulement des jeunes qui regardent les anciens en espérant qu’un jour, eux aussi, auront leur tour pour profiter du système. Et pourtant, la politique n’est pas censée être une loterie. Sans engagement réel, sans formation sérieuse et sans transmission de valeurs, que deviendront ces jeunes une fois propulsés dans l’arène ? Des coquilles vides, manipulables à souhait, condamnées à répéter les erreurs de ceux qu’ils rêvaient de remplacer.

Alors, la jeunesse béninoise vacille entre résignation et colère, entre silence et frustration. Elle refuse d’y croire, mais elle en souffre. Elle rêve de s’engager, mais elle a peur. Peur d’être broyée, peur d’être instrumentalisée, peur de parler pour finir bâillonnée. Surtout, elle a peur du combat et du prix à payer, face aux pratiques opportunistes d’une partie de cette jeunesse elle-même. C’est là toute la hantise qui accompagne son engagement : celle de devoir se battre dans un système où la conviction semble avoir perdu sa valeur.

Et pourtant, sans militantisme, que reste-t-il ? Une démocratie sans âme, une jeunesse sans voix, un pays sans horizon. Mais attention : être forclos aujourd’hui ne doit pas signifier être condamné à jamais. Si la porte du travail est scellée, il faut la forcer. Si le système de la conviction et de l’idéologie est verrouillé, il faut l’ébranler. Car l’histoire ne retient que ceux qui osent briser les murs du fatalisme.

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