De l’Asie à l’Afrique, en passant par l’Amérique latine, les dernières semaines ont été marquées par une succession de catastrophes naturelles meurtrières. Inondations, séismes, glissements de terrain et effondrements ont frappé des populations déjà vulnérables. Une succession d’événements qui donne au mois d’août 2026 des airs de saison des catastrophes.
Il y a des semaines où l’actualité semble dominée par les crises politiques, les guerres et les tensions diplomatiques. Et puis il y a celles où la nature reprend brutalement le dessus. Depuis le début du mois d’août, plusieurs régions du monde ont été frappées par des phénomènes naturels d’une rare violence. Des secousses qui font s’effondrer des bâtiments, des pluies qui transforment les cours d’eau en torrents, des montagnes qui s’écroulent et des glaciers qui libèrent des masses d’eau, de glace et de roches.
Le dernier épisode, et sans doute le plus spectaculaire, s’est produit au Népal et au Tibet. Le 26 août, une gigantesque masse de glace et de roches s’est détachée dans l’Himalaya avant de provoquer une coulée de débris et des crues soudaines dans les vallées situées à la frontière entre le Népal et la Chine. Les premières informations avaient fait état d’un possible séisme. Les analyses ultérieures de l’US Geological Survey ont cependant établi que l’activité sismique enregistrée était liée à l’effondrement glaciaire et aux mouvements de débris, plutôt qu’à un tremblement de terre tectonique.
La violence de la catastrophe est considérable. Des villages ont été balayés, des routes et des infrastructures détruites et des bâtiments ensevelis sous la boue et les débris. Au 27 août, les autorités faisaient état de plus de 165 morts et de près de 1 500 personnes portées disparues au Népal et au Tibet. Parmi les disparus figurent de nombreux étrangers, notamment des pèlerins et des touristes qui se trouvaient dans cette région montagneuse. Plus de 5 000 personnes participent aux opérations de recherche et de secours.
L’événement rappelle surtout que les montagnes ne sont plus seulement exposées aux risques traditionnels d’avalanches ou de glissements de terrain. Le réchauffement des températures modifie également la stabilité des glaciers et augmente le risque de phénomènes brutaux dans les régions de haute altitude. Des experts soulignent que la fonte accélérée des glaciers himalayens contribue à accroître la vulnérabilité de ces territoires.
Quelques jours auparavant, c’est l’Indonésie qui avait été frappée par une forte activité sismique. Le 15 août, un séisme de magnitude 7,7 a secoué la région de Flores. Des bâtiments se sont effondrés, des habitants ont été pris de panique et des dizaines de milliers de personnes ont dû trouver refuge dans des abris ou sous des tentes. Le bilan humain a dépassé la cinquantaine de morts et les opérations de secours se sont poursuivies pendant plusieurs jours.
En Colombie, le scénario a été comparable. Le 10 août, un séisme de magnitude 7,4 a frappé l’ouest du pays. Les secousses ont touché plusieurs villes, dont Cali, Pereira et Quibdó. Des bâtiments se sont effondrés ou ont été gravement endommagés, laissant des personnes prisonnières des décombres. Les équipes de secours, accompagnées de militaires et de volontaires, ont dû fouiller les ruines à la recherche de survivants. Les autorités ont recensé environ 1 600 bâtiments endommagés ou détruits.
Mais la terre n’est pas le seul élément à avoir semé la désolation.
En Guinée, les fortes pluies ont provoqué le 23 août un glissement massif dans une décharge de Conakry. Une importante masse de déchets s’est effondrée sur des habitations précaires et des abris installés à proximité. Au moins 30 personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées. Le drame est d’autant plus lourd que les autorités avaient annoncé quelques jours auparavant leur intention de fermer le site en raison des risques liés à la saison des pluies.
Ailleurs, les pluies et les glissements de terrain continuent de mettre à rude épreuve les populations. Au Bangladesh, les inondations et glissements de terrain enregistrés ces dernières semaines ont fait 59 morts, blessé près de 300 personnes et endommagé plus de 54 000 habitations. En Chine, les inondations et glissements de terrain provoqués par de fortes précipitations ont également frappé plusieurs régions au cours du mois. Les autorités chinoises ont appelé à renforcer la prévention des catastrophes alors que des pluies intenses continuaient de provoquer des inondations et des mouvements de terrain.
Pris séparément, chacun de ces événements possède son explication propre. Un séisme n’est pas une inondation. Un glissement de terrain n’est pas un effondrement glaciaire. Une catastrophe liée à une décharge ne peut pas être automatiquement imputée au changement climatique. Mais leur succession interroge. Car derrière cette série de drames apparaît une réalité commune : des populations exposées à des phénomènes naturels de plus en plus coûteux humainement lorsqu’ils rencontrent des territoires densément peuplés, des infrastructures fragiles et des systèmes de prévention insuffisants.
Le changement climatique n’explique pas tous les séismes. Il ne provoque pas les tremblements de terre. En revanche, il peut amplifier certains risques liés aux pluies extrêmes, à la fonte des glaciers, aux glissements de terrain ou aux épisodes de chaleur et de sécheresse. Dans l’Himalaya, par exemple, la diminution des glaciers et la hausse des températures font partie des facteurs qui préoccupent désormais les scientifiques. L’autre enseignement de ces catastrophes est peut-être plus terrestre : une catastrophe naturelle devient souvent une catastrophe humaine en fonction de la vulnérabilité des sociétés.
Une montagne peut s’effondrer. Une rivière peut sortir de son lit. La terre peut trembler. Mais le nombre de victimes dépend aussi de la qualité des constructions, de l’occupation des zones à risque, de la capacité d’alerte, de la rapidité des secours et de la préparation des populations. C’est ce que rappellent les images venues de Colombie, d’Indonésie, de Guinée ou du Népal : derrière chaque catastrophe se trouvent des maisons, des routes, des écoles, des infrastructures et surtout des vies humaines qui se retrouvent brutalement confrontées à une force qu’elles ne peuvent maîtriser.
Le mois d’août 2026 n’est donc pas nécessairement le signe que la planète serait entrée dans une période exceptionnelle de catastrophes naturelles au sens statistique. Mais la succession récente d’événements meurtriers donne une impression saisissante de vulnérabilité mondiale. Inondations, secousses, glissements de terrain, effondrements : la nature rappelle brutalement ses limites à des sociétés qui, elles, continuent de construire, d’habiter et de produire dans des espaces parfois de plus en plus exposés.
La véritable question n’est peut-être plus seulement de savoir quand surviendra la prochaine catastrophe. Elle est de savoir si, lorsqu’elle surviendra, les sociétés seront suffisamment préparées pour qu’un phénomène naturel ne devienne pas une tragédie humaine.
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