Au Burkina Faso, la souveraineté économique est devenue l’un des marqueurs du discours du capitaine Ibrahim Traoré. Mobilisation des ressources nationales, recours à l’épargne intérieure, valorisation des ressources minières et réduction de la dépendance aux financements extérieurs sont régulièrement présentés comme les piliers d’un modèle fondé sur l’autonomie. Cette orientation produit d’ailleurs des résultats concrets en matière de mobilisation interne. En 2026, l’« Emprunt Patriote » a permis de lever 151,5 milliards de francs CFA, contre un objectif initial de 125 milliards, auprès des Burkinabè de l’intérieur et de la diaspora.

LE MODÈLE BURKINABÈ DOIT-IL NÉCESSAIREMENT S’OPPOSER AUX AUTRES ?

C’est moins cette volonté d’autonomie qui interroge que la manière dont elle est parfois portée dans le débat public africain. Dans certains de ses discours, Ibrahim Traoré oppose fortement le modèle burkinabè aux États qui continuent de recourir aux bailleurs et aux financements extérieurs. Or, le recours au crédit n’est pas en soi le signe d’une absence de souveraineté. Il peut répondre à des besoins d’investissement, de développement des infrastructures ou de financement de projets structurants. Le Burkina Faso lui-même continue d’utiliser des mécanismes d’emprunt. Son « Emprunt Patriote » constitue d’ailleurs une opération obligataire, même si les ressources sont mobilisées auprès de l’épargne nationale et de la diaspora. La question n’est donc pas de savoir qui emprunte et qui n’emprunte pas, mais de déterminer dans quelles conditions, auprès de quels partenaires et pour quels objectifs un État mobilise des financements.

Dès lors, pourquoi la souveraineté burkinabè devrait-elle nécessairement se construire dans la comparaison, voire dans la mise en cause des choix opérés par d’autres États africains ? Chaque pays évolue avec ses propres contraintes budgétaires, ses besoins d’investissement, ses ressources disponibles et ses priorités de développement. Le Rwanda, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou d’autres États peuvent faire des choix différents sans que ces choix constituent automatiquement une abdication de leur souveraineté. La diversité des stratégies économiques africaines pourrait au contraire être considérée comme une réalité à analyser plutôt qu’un motif de confrontation politique.

LA SOUVERAINETÉ PAR LES RÉSULTATS

Le Burkina Faso dispose naturellement du droit de défendre son propre modèle et d’en revendiquer les résultats. Sa capacité à mobiliser l’épargne nationale, à accroître ses recettes internes et à transformer davantage ses ressources minières en investissements productifs constitue un chantier qui mérite d’être observé dans la durée. Mais plus cette ambition souverainiste est affirmée, plus elle gagnerait à être jugée sur ses propres résultats plutôt que sur la capacité à disqualifier les modèles des voisins.

La véritable force d’une expérience souverainiste ne résiderait-elle pas précisément dans sa capacité à démontrer, par les faits, qu’un autre chemin est possible ? Le Burkina Faso pourrait ainsi défendre son autonomie, promouvoir ses choix et convaincre par ses résultats sans nécessairement tourner en dérision les États africains qui empruntent encore auprès de partenaires extérieurs. Car la souveraineté n’a peut-être pas besoin d’adversaires africains pour être affirmée. Elle a surtout besoin de résultats suffisamment solides pour parler d’eux-mêmes surtout dans la durée.

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