« Ça s’appelle Cotonou, « Coutônou », c’est la ville au rivage de l’eau, et cette confluence-là a créé des vulnérabilités. Ces vulnérabilités ont certainement amené les populations à la nommer « Coutônou », la ville au rivage de la mort. J’ai l’ambition d’en faire, sans lui changer de nom, « Gbêtônou », la ville au rivage de la vie. » Dans l’entretien qu’il a accordé à la télévision nationale, Luc Gnacadja n’a pas choisi ses mots au hasard. L’architecte devenu maire de la capitale économique du Bénin en février dernier a livré une profession de foi qui sonne comme un manifeste, celui de délivrer Cotonou de la mort. Une révolution sémantique qu’il entend mettre au service du développement.

Le nom de Cotonou, Kú tɔ̀ nú en fon, renvoie à une géographie hostile. « Lagune de la mort », selon l’étymologie la plus communément admise, en référence aux courants dangereux de la lagune ou, selon d’autres sources, aux esclaves morts durant les travaux de l’embouchure. D’autres toponymes de la ville portent la même trace funèbre : « Agla » (« si tu es audacieux, alors viens ») ou « Gbégamey » (« dans la grande brousse »).

Pour certains, cette réappropriation du nom est loin d’être anecdotique. « En Afrique de l’Ouest, le nom possède une performativité. Nommer, c’est créer. Inverser la signification du toponyme, c’est tenter de rompre avec une malédiction historique et géographique. Gnacadja entend alors entreprendre une thérapie collective. »

Transformer Coutônou en Gbêtônou, c’est un acte de délivrance. C’est dire, le lieu maudit devient lieu béni. Dans une ville où les croyances traditionnelles cohabitent avec le christianisme et l’islam, toute politique publique qui ignore le sacré risque de heurter un mur d’incompréhension. Gnacadja, nomme ainsi le mal par son nom ancestral, s’adresse à l’imaginaire collectif autant qu’au rationnel technique.

Reste à savoir si cette vision se traduira en actes. Le maire a sept ans devant lui pour tenter l’expérience. Cotonou tient peut-être là sa chance de rompre avec le cycle infernal des inondations et de passer de la mort à la vie ou encore de Coutônou à Gbêtônou.

CENTRAL CHRONIQUE

Loading

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *