La désignation des délégués généraux des pôles de développement territorial suscite déjà des interrogations au Bénin. Alors que le gouvernement prépare la mise en place de cette réforme, une question mérite d’être posée. Les personnalités appelées à conduire cette nouvelle dynamique pourront-elles être issues de la classe politique, ou le pouvoir entend-il privilégier des profils entièrement consacrés à la cause du développement ?

UNE RÉPONSE QUI ENTRETIENT LE SUSPENSE

Invité de l’émission Face à l’actualité, diffusée sur la chaîne nationale Bénin TV le 18 octobre 2026, le ministre porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a été interrogé sur les modalités de sélection des futurs délégués généraux. Sa première réponse, selon laquelle ils seraient choisis « parmi les Béninois », n’a pas véritablement dissipé les interrogations du journaliste. Relancé sur le sujet, le porte-parole a réagi en ces termes, « Vous voulez que je trahisse un secret ? »

Il a ensuite expliqué que le président de la République, particulièrement attaché à cette réforme, ne souhaitait pas qu’elle devienne une occasion de faire de la « politicaille­rie ». Le chef de l’État voudrait, selon ses propos, des acteurs « dédiés, dévoués à la cause du développement ».

LA COMPÉTENCE AVANT LES CALCULS POLITIQUES ?

Cette déclaration laisse entrevoir une volonté de privilégier l’engagement en faveur du développement plutôt que les considérations partisanes. Elle peut également être interprétée comme un signal adressé aux responsables politiques susceptibles de convoiter ces fonctions. Leur éventuelle nomination ne devrait pas transformer les pôles en instruments de promotion politique ou en nouveaux espaces de compétition partisane.

Pour autant, les propos du porte-parole ne permettent pas d’affirmer que les acteurs politiques seront systématiquement exclus du processus. Ils ne précisent pas davantage si une incompatibilité formelle sera imposée aux personnes exerçant des responsabilités partisanes. Une distinction reste donc nécessaire entre la volonté affichée d’éviter la « politicaille­rie » et l’existence éventuelle de règles interdisant aux responsables politiques d’occuper ces postes.

DES CENTAINES DE CANDIDATURES DÉJÀ ENREGISTRÉES

Au cours de la même intervention, Wilfried Léandre Houngbédji a révélé que des centaines de dossiers de candidature avaient déjà été déposés pour les postes de délégués généraux. Cet intérêt témoigne de l’attractivité de ces fonctions, appelées à jouer un rôle important dans la coordination des politiques de développement à l’échelle territoriale.

Reste à savoir quels profils retiendront finalement l’attention du chef de l’État. L’expérience professionnelle, la connaissance des réalités locales, la capacité à mobiliser les acteurs économiques et l’aptitude à conduire des projets structurants pourraient constituer des critères déterminants.

UN CHOIX QUI SERA SCRUTÉ

Au-delà des personnalités retenues, la composition des équipes dirigeantes des pôles permettra de mesurer la portée concrète de la volonté présidentielle. Si le gouvernement entend préserver cette réforme des calculs partisans, les nominations devront donner des indications claires sur la place accordée aux compétences, à l’expérience et à l’engagement pour le développement.

Les acteurs politiques pourront-ils donc accéder à ces responsabilités sans que leur présence soit perçue comme une politisation du dispositif ? La réponse dépendra des critères appliqués et des profils finalement choisis. Une chose demeure essentielle, la réussite des pôles se jugera moins à l’étiquette des personnes nommées qu’à leur capacité à transformer les potentialités des territoires en projets concrets, en emplois et en améliorations durables des conditions de vie des populations.

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