ÉDITORIAL

La République n’interdit à personne de soutenir un candidat. Pas même à un ancien policier, pas même à un fonctionnaire brusquement envoyé à la retraite d’office. Mais elle exige de chacun une tenue morale à la hauteur de son parcours. C’est précisément là que le malaise commence. En janvier 2024, 315 officiers et sous-officiers de la Police républicaine ont été concernés par la mesure de mise à la retraite d’office, prise sur la base du statut spécial du corps et justifiée par les autorités comme une opération de rajeunissement et de redressement de la pyramide de commandement.

La décision avait fait du bruit. Beaucoup de policiers concernés l’avaient vécue comme une épreuve brutale, avant que la Cour constitutionnelle ne confirme, en novembre 2024, la légalité des dispositions autorisant cette retraite d’office après vingt ans de service. Autrement dit, le cadre juridique a tenu, et la mesure a été validée dans son principe, même si elle a laissé des blessures humaines et des frustrations profondes.

Or voilà qu’en 2026, ces mêmes retraités d’office se présentent publiquement pour défendre la continuité incarnée par Romuald Wadagni, en saluant aussi les réformes de Patrice Talon. Des médias béninois ont rapporté ce ralliement public le 7 mars 2026, en soulignant que le collectif a transformé son départ anticipé en opportunité de reconversion et d’adhésion à la dynamique en cours.

Sur le fond, soutenir un projet politique est un droit. Sur la forme, tout dépend de l’image qu’on renvoie. Et c’est là que le bât blesse. Quand des hommes qui ont porté l’uniforme de l’État choisissent de se montrer en habits de campagne, au milieu d’un slogan triomphaliste, ils ne défendent plus seulement une idée : ils donnent l’impression de quémander une seconde validation, presque une réhabilitation symbolique. Ce n’est pas la voix qui choque, c’est la posture.

Qu’espèrent-ils exactement en brandissant ainsi leur adhésion politique ? Être rétablis ? Être rappelés ? Faire oublier qu’ils ont été écartés ? À vouloir se faire plus militants que dignes, ils s’exposent à une lecture implacable : ils confirment, par leur propre spectacle, la logique de la décision qui les a frappés. Le policier est un homme droit. Il se tient debout, même lorsqu’il tombe. Il peut soutenir un candidat, oui. Mais il ne doit jamais donner l’impression de courir derrière la faveur. Un ancien serviteur de la sécurité publique n’est pas un figurant de meeting. Sa parole vaut plus que son apparat.

Le véritable enjeu, ici, n’est pas Romuald Wadagni. L’enjeu, c’est la noblesse de ceux qui prétendent parler au nom de la discipline, de l’ordre et de la République. À trop vouloir se montrer utiles à un camp, ces retraités d’office prennent le risque de se rendre politiquement bruyants et moralement petits. La dignité ne se récupère pas dans le vacarme des slogans. Elle se protège dans la retenue, la hauteur et la mémoire de l’uniforme car même s’ils sont rétablis aujourd’hui, l’opinion sait désormais qu’ils ont déjà choisi leur camp, au lieu de celui du peuple.

A.K.

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