Le 9 octobre 2026, l’hôtel Azalaï de Cotonou a accueilli le Forum national intersectoriel Women Voice for Health, organisé par la Women and Power Association (WoPAs). Cette rencontre a réuni des acteurs du secteur sanitaire, des spécialistes du genre et des défenseurs des droits humains autour d’un enjeu majeur, celui de transformer les institutions et les pratiques afin de garantir aux femmes et aux filles un accès à des soins de qualité, une prise en charge digne et un environnement sanitaire sans violence. Au cœur des échanges, le panel inaugural consacré au consentement, à l’autonomie et aux relations entre soignants et patients a permis à Annick NONOHOU AGANI, sage-femme, juriste et chercheuse, de porter un plaidoyer en faveur du respect des droits des parturientes et d’une meilleure protection des sages-femmes.

Le droit de dire non au cœur de l’accouchement
Présidente de l’Association des Soignants Amis des Patients (ASAP), Annick NONOHOU AGANI a participé au panel inaugural aux côtés du Dr Josias Sohinto, président de l’Association des Cliniques Privées du Bénin, d’Hélène Peace Frida Hlungbo, experte en genre et responsable thématique à l’ABPF, ainsi que du Dr Lionelle Fanou Adè, médecin anesthésiste-réanimateur et membre du Collège de l’Autorité de Régulation du secteur de la Santé. Son intervention a porté sur le pouvoir de dire non en salle de naissance, les droits et libertés individuels de la parturiente et les thérapies obstétricales alternatives humanistes susceptibles de favoriser un accouchement sans violence.
Dans son argumentation, la sage-femme juriste a rappelé les principes de la démocratie sanitaire et certaines dispositions législatives et réglementaires applicables au Bénin en matière d’accouchement sans violence. Elle a mis l’accent sur le consentement éclairé, le respect des choix de la femme et la nécessité de préserver sa dignité tout au long de la prise en charge. Son message est clair, la qualité des soins ne se mesure pas uniquement à l’acte médical réalisé, mais également à la manière dont la patiente est écoutée, informée et respectée. En salle de naissance, la vulnérabilité liée à l’accouchement ne doit pas priver la femme de ses droits ni justifier des pratiques portant atteinte à son autonomie.

Des propositions concrètes pour faire reculer les violences
Au-delà des principes, Annick NONOHOU AGANI a présenté des pistes d’action visant à prévenir les violences gynécologiques et obstétricales et à promouvoir des pratiques plus respectueuses des femmes. Elle a notamment mis en avant les thérapies obstétricales alternatives humanistes applicables au Bénin, ainsi que l’intérêt de données et de supports de référence pour étayer les démarches de sensibilisation, améliorer les pratiques et renforcer la riposte contre les violences. Elle a également insisté sur la sécurisation de la pratique sage-femme, considérant que la protection des patientes doit s’accompagner d’une meilleure prévention des violences auxquelles les professionnelles peuvent elles-mêmes être confrontées dans l’exercice de leur métier.
Son plaidoyer s’est adressé en premier lieu aux écoles de formation en santé. Elle préconise l’intégration de modules consacrés aux thérapies obstétricales alternatives humanistes, à la pratique de l’accouchement sans violence, à la prévention et à l’élimination des violences gynécologiques et obstétricales, ainsi qu’aux violences faites aux sages-femmes en milieu professionnel. L’objectif est de préparer les futurs professionnels à concilier les exigences médicales avec le respect des droits humains et de la dignité des patientes.

À l’endroit des institutions chargées de l’assistance aux victimes de violences basées sur le genre, elle recommande une meilleure gestion des plaintes liées aux violences gynécologiques et obstétricales, aux violences et abus en matière de santé menstruelle et d’hygiène menstruelle, ainsi qu’aux violences sexuelles et aux autres formes de violences concernées par les dispositifs d’accompagnement. Elle plaide également pour l’organisation de classes de victimes et l’animation de séances de parajuridisme communautaire afin de renforcer l’information juridique et de faciliter l’accès aux recours. Aux professionnels de santé, elle demande une attention accrue aux obstacles supplémentaires rencontrés par les victimes de violences basées sur le genre, ainsi qu’une meilleure prise en charge médico-légale, notamment à travers la délivrance de certificats médicaux aux victimes de violences gynécologiques et obstétricales.

Le Pacte des 100 pour prolonger le plaidoyer
Les propositions défendues par Annick NONOHOU AGANI ont été portées dans les travaux du laboratoire de réflexion, consacré à la recherche de solutions concrètes et à l’élaboration du Pacte des 100. Ce cadre de concertation a constitué une occasion de mettre en discussion des recommandations visant à faire évoluer la formation des soignants, la prise en charge des victimes et les mécanismes de prévention des violences en milieu sanitaire. Leur traduction en actions effectives dépendra toutefois des suites qui leur seront données par les institutions et les acteurs concernés.
La participation de la présidente de l’ASAP à ce forum s’inscrit dans un engagement plus large en faveur des droits des femmes, de la lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales et de la défense des sages-femmes. En associant ses connaissances juridiques à son expérience du secteur sanitaire et à son travail de plaidoyer, elle a contribué à donner une place aux préoccupations des patientes et des professionnelles de santé dans les discussions sur la gouvernance sanitaire inclusive.

Au-delà de cette intervention, la rencontre a rappelé l’importance d’une mobilisation collective associant les organisations de la société civile, les établissements de formation, les professionnels de santé et les institutions publiques. Les efforts menés par l’ASAP et les personnes engagées à ses côtés participent à rendre plus visibles des violences qui demeurent insuffisamment reconnues et à promouvoir des réponses concrètes. Pour que le droit de dire non devienne une réalité dans les structures de soins, les recommandations formulées devront désormais se traduire par des pratiques respectueuses du consentement, des mécanismes accessibles de signalement et une protection effective des femmes comme des sages-femmes.
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