Deux chiffres donnent le vertige. Aux États-Unis, la dette publique vient de franchir la barre historique des 40 000 milliards de dollars. Au Bénin, elle atteint 9 122,2 milliards de francs CFA à fin juin 2026. Faut-il pour autant mettre les deux pays dans le même panier et conclure à une catastrophe financière ? Pas si vite. Car en matière de dette publique, le montant ne dit jamais toute la vérité.

Le 19 août, Reuters rapporte que la dette américaine a atteint précisément 40 047 milliards de dollars, après avoir plus que doublé depuis 2017. La dette détenue par le public représente à elle seule plus de 32 000 milliards de dollars. Cette explosion résulte notamment des dépenses liées à la pandémie, des déficits budgétaires persistants et de l’augmentation des dépenses obligatoires.

Et pourtant, les États-Unis ne sont pas considérés comme un pays en faillite. Pourquoi ? Parce qu’une dette doit être appréciée au regard de la taille de l’économie, de la capacité de l’État à lever des recettes, du coût des emprunts et de la confiance des investisseurs. La puissance économique américaine, la profondeur de son marché financier et le statut international du dollar lui donnent une capacité d’endettement incomparable.

Mais même Washington commence à sentir le poids de cette dette. Reuters relève que les investisseurs exigent désormais des rendements plus élevés pour prêter à l’État américain. Le taux des obligations américaines à 30 ans a récemment dépassé 5,3 %, renchérissant le coût du financement.

Et le Bénin ?

À fin juin 2026, l’encours de la dette publique béninoise s’établit à 9 122,2 milliards de FCFA, contre 8 472,2 milliards en décembre 2025. Soit une progression de 650 milliards en six mois. Mais rapportée à la richesse nationale, cette dette représente 50,1 % du PIB, bien en dessous du plafond communautaire de 70 % fixé dans l’UEMOA.

Le chiffre de 9 100 milliards peut donc impressionner, mais il ne suffit pas à conclure que le Bénin est « surendetté ». Le gouvernement prévoit d’ailleurs de maintenir le ratio d’endettement autour de 50 % du PIB en 2026, tout en réduisant progressivement le déficit budgétaire.

C’est ici que se trouve le véritable sujet : que fait-on de l’argent emprunté ?

Une dette qui finance des dépenses improductives devient rapidement un fardeau. Mais une dette utilisée pour construire des infrastructures, développer l’énergie, moderniser les équipements, industrialiser, améliorer les transports ou accroître la capacité productive peut contribuer à créer les revenus qui permettront demain de rembourser les emprunts.

Le Bénin semble justement chercher à inscrire son endettement dans cette logique. Et plusieurs indicateurs financiers viennent conforter cette trajectoire.

Le 7 août dernier, Moody’s a relevé la note souveraine du Bénin de B1 à Ba3, avec une perspective stable. L’agence a notamment mis en avant la croissance économique, qui a atteint 8,1 % en 2025, l’amélioration de la mobilisation des recettes, la maîtrise des dépenses courantes et le retour du déficit budgétaire à 3 % du PIB. Moody’s salue également la diversification des sources de financement et la gestion de la dette.

Ces résultats renvoient forcément à la méthode de Romuald Wadagni, ancien ministre de l’Économie et des Finances devenu président de la République. Pendant les années passées aux Finances, il a participé à une politique fondée sur la discipline budgétaire, l’accès aux marchés internationaux, la diversification des financements et une gestion plus active des passifs. Le relèvement de la note de Moody’s constitue aujourd’hui l’un des signaux extérieurs les plus visibles de cette crédibilité financière.

La vraie question n’est donc pas de savoir si le Bénin doit 9 100 milliards. La vraie question est de savoir ce que ces 9 100 milliards permettent de construire.

L’Amérique nous rappelle qu’une puissance peut porter une dette de 40 000 milliards de dollars sans s’effondrer immédiatement. Elle nous rappelle aussi qu’une dette trop coûteuse finit par peser lourdement sur les finances publiques.

Pour le Bénin, la leçon est claire : la dette n’est pas nécessairement le problème. La mauvaise utilisation de la dette, son coût et l’incapacité à générer suffisamment de croissance pour la rembourser constituent le véritable danger.

Autrement dit, ce n’est pas le poids de la dette qui doit obséder, mais le rendement de la dette.

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