Au Congrès International sur la Santé des Femmes Africaines (CISFA 2026), première édition, qui a réuni pendant trois jours chercheurs, gynécologues-obstétriciens, sages-femmes, universitaires et décideurs venus d’Afrique et d’Europe, une voix singulière s’est imposée aussi bien dans les couloirs que dans les salles de plénière. Celle d’Annick Nononhou Agani, sage-femme de formation, présidente de l’Association des Soignants Amis des Patients (ASAP, anciennement RSAP).

Si elle n’était pas intervenante au titre d’une communication scientifique, la sage-femme, juriste et militante des droits des patientes s’est distinguée par des prises de parole saluées pour leur portée pratique et leur ancrage dans les réalités du terrain. À travers des observations, des questions et des recommandations, elle portait avec elle un message qui ne demandait qu’à être entendu; il s’agit de la fin de l’impunité des violences gynécologiques et obstétricales (VGO) en Afrique, et la reconnaissance pleine et entière de la profession de sage-femme.
Dès sa première intervention, Annick Nononhou Agani a établi un lien direct entre les travaux du congrès et l’initiative qu’elle a portée quelques semaines plus tôt au Bénin. Quinze jours d’« artivisme » consacrés à la promotion de l’accouchement respectueux et à la lutte contre les violences obstétricales.
« La thématique qui m’a attirée est celle du consentement en gynécologie-obstétrique. On ne peut pas parler de consentement sans parler des violences gynécologiques et obstétricales. (…) En mai dernier nous avons lancé quinze jours d’artivisme. Beaucoup ne connaissaient même pas ce mot. Aujourd’hui, le retrouver au cœur des échanges du CISFA est une lueur d’espoir. » a-t-elle déclaré.

À travers cette intervention, elle a rappelé que l’« artivisme » dépasse la simple mobilisation citoyenne. Il constitue, selon elle, un levier de sensibilisation utilisant les expressions artistiques, culturelles et sociales pour transformer les pratiques médicales, promouvoir les droits des patientes et replacer le consentement au cœur des soins.
Son intervention a également mis en lumière une dimension encore peu documentée dans les politiques publiques. Il est question des violences subies par les sages-femmes elles-mêmes. Prenant appui sur son propre parcours professionnel, elle a évoqué plus de vingt-cinq années d’exposition à différentes formes de violences, qu’elles soient institutionnelles, professionnelles ou liées à son engagement militant. Depuis sa sortie de formation en 1999, Annick Nononhou Agani porte sur ses épaules un quart de siècle de résistance. « Ça fait 26 ans que je suis victime de toutes les formes de violences », a-t-elle déclaré avec une franchise déconcertante. « Si on me prend en tant que femme, à partir du viol jusqu’aux autres violences, j’en suis victime. Maintenant en tant qu’artiviste, ayant commencé au moment où personne n’en parle en Afrique, j’en suis aussi victime. » a-t-elle révélé plongeant les panélistes et les participants dans une profonde réflexion.

En interpellant directement la présidente de l’Institut National de la Femme (INF), elle a appelé à « un état des lieux sur la prise en charge des violences gynécologiques et obstétricales, » mais également « des violences visant les professionnels de santé, notamment les sages-femmes, ainsi que des cyberviolences » dont peuvent être victimes les défenseurs des droits des femmes. Cette double victimisation, celle de la femme et celle de la militante, n’a pourtant jamais entamé la détermination d’Annick Nononhou Agani. Bien au contraire, elle en a fait le carburant d’un engagement sans faille.
Sa seconde prise de parole s’est voulue résolument orientée vers les solutions. À propos de l’épisiotomie sa position est tranchée, elle a rappelé qu’elle est désormais considérée comme une violence obstétricale. «L’ épisiotomie est une violence obstétricale, un acte chirurgical historique et nuisible qu’il faut abandonner au profit d’autres pratiques obstétricales alternatives humanistes.» Elle a plaidé pour la diffusion de pratiques obstétricales davantage respectueuses de la physiologie de l’accouchement, citant notamment « l’accouchement aquatique, les positions libres, la position verticale, l’implication des conjoints dans la santé sexuelle et reproductive, ainsi que l’élaboration d’un projet de naissance » permettant aux femmes d’exprimer leurs préférences avant l’accouchement.
Au-delà de ses interventions publiques, la participation d’Annick Nononhou Agani au CISFA 2026 a été marquée par de nombreux échanges avec plusieurs personnalités présentes au congrès. Elle a notamment dialogué avec la présidente de l’Institut National de la Femme, la ministre des Affaires sociales et de la Microfinance, le président du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens du Bénin (CNGOB), le secrétariat scientifique du congrès, le secrétaire de la Société Africaine de Gynécologie et d’Obstétrique (SAGO), ainsi qu’avec des chercheuses, praticiennes et responsables d’organisations venues de plusieurs pays d’Afrique et d’Europe.
À travers cette participation, Annick Nononhou Agani confirme la place qu’elle occupe aujourd’hui parmi les voix engagées du plaidoyer pour une maternité respectueuse, fondée sur le consentement, la dignité des patientes et la protection des professionnels de santé, au Bénin comme à l’échelle africaine.
CENTRAL CHRONIQUE
Voir clair, comprendre mieux
![]()

