Soixante-sept jours. C’est le temps qu’il a fallu à Romuald Wadagni pour dessiner les contours d’une politique étrangère aussi ambitieuse que méthodique. Investi le 24 mai dernier au Palais des Congrès de Cotonou, succédant à Patrice Talon après une victoire écrasante aux urnes (près de 94 % des voix), l’ancien ministre des Finances ne perd pas de temps.

Dans l’opinion, on s’interrogeait : ces déplacements incessants sont-ils de la simple représentation ou les prémices d’un repositionnement géostratégique ? Rachidi Gbadamassi, ministre conseiller à la Défense et à la Sécurité tranche.

Le Nigeria, priorité absolue

« Les pays ciblés n’ont pas été choisis de façon hasardeuse, encore moins pour le plaisir personnel du chef de l’État », martèle Gbadamassi. Et il avait bien fait de commencer par l’évidence géographique qui est le Nigéria. Voisin direct, géant démographique de la région avec plus de 240 millions d’habitants, le pays constitue pour le Bénin une opportunité économique sans équivalent. L’objectif affiché est de bâtir une relation bilatérale capable de faire de l’axe Cotonou-Lagos le moteur de la croissance béninoise. Au programme, la mise en place d’une zone économique spéciale Bénin-Nigéria, un projet phare qui pourrait redessiner les flux commerciaux de la sous-région. La première visite officielle de Wadagni à Abuja, le 1er juin 2026 pose donc la première pierre d’une alliance économique structurante.

La sécurité comme préalable au développement

Mais l’ambition du Président Wadagni ne se limite pas aux tableaux de bord économiques. « Sans la sécurité, aucun développement économique et social ne peut être envisagé. Sans la sécurité, l’économie ne fonctionne pas », répète Gbadamassi comme un leitmotiv. C’est tout le sens des visites en Mauritanie et au Tchad qui vise à capitaliser sur l’expérience des pays qui ont déjà été confrontés au terrorisme djihadiste pour construire ce que le président appelle un Centre Régional de Coopération Sécuritaire.

Dans le même élan, Wadagni a renoué le dialogue avec le Niger, le Burkina Faso et le Mali, trois États du Sahel en proie à l’instabilité et dont les frontières avec le Bénin demeurent sensibles. Si la frontière nigérienne n’est pas encore officiellement réouverte, Gbadamassi se veut optimiste : « Là où le dialogue est rétabli, tout ce qui pouvait paraître difficile voire impossible devient facile et possible. L’impossible devient possible » a-t-il insisté. Une ouverture qui vise à désamorcer les tensions tout en préservant les intérêts sécuritaires du Bénin, pays frontalier de cette zone de turbulences.

183 milliards de francs CFA : le pari du capital humain

Sur le front intérieur, l’administration Wadagni vient d’enregistrer un succès financier de taille. La Banque mondiale a débloqué 183 milliards de francs CFA pour financer le projet du barrage hydroélectrique de Dogo Bis et, surtout, pour renforcer le capital humain à travers la généralisation du programme des 1 000 premiers jours.

Concrètement, ce programme dont la phase pilote couvrait déjà 13 communes va être étendu à l’ensemble du territoire national. Il vise à fournir des suppléments nutritionnels aux femmes enceintes, aux femmes allaitantes et aux enfants âgés de 6 mois à 2 ans. L’objectif est « d’asurer à nos enfants un bon développement de leurs capacités cognitives, pour qu’ils soient intelligents », résume Gbadamassi. Une approche qui place la nutrition infantile au même rang que les infrastructures énergétiques, dans une vision du développement où la qualité du capital humain prime sur tout pour le Président Romuald Wadagni.

Interrogé sur l’utilité de ces tournées internationales, Gbadamassi botte en touche avec la sérénité de celui qui sait que les résultats parleront d’eux-mêmes. « C’est une décision juste et bien inspirée », conclut-il.

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