MÉDECINE OU COMMERCE ? LE PATIENT QU’ON ÉCORCE

La condamnation de deux étudiants en formation et d’un médecin après le décès d’une parturiente à Porto-Novo ne referme aucune page. Elle pose une question que plus personne ne devrait esquiver. Que vaut aujourd’hui la vie du patient dans nos hôpitaux ?

Personne ne conteste l’utilité des stagiaires. Ils apprennent, ils assistent, ils comblent un manque réel de personnel. Mais une dérive s’installe lorsque l’apprentissage se fait au cœur de situations critiques, sans encadrement suffisant. À force, l’exception devient règle, et le patient devient terrain d’expérimentation. Depuis quand les patients sont-ils devenus des cobayes, sur lesquels on s’exerce comme sur un tableau sans âme ?

Dans cette affaire, des médecins auraient cotisé pour payer des avocats à ces étudiants. Belle initiative ! Mais qui est solidaire du peuple qui perd ses vies jour après jour ? Pendant que les médecins se défendent, les étudiants font grève, les intellectuels théorisent, le peuple, lui, enterre ses morts, souvent dépourvu de dignité. Cela émeut peu.

Alors, être médecin est-ce encore une vocation, ou un simple titre de fonctionnaire ? Si la vocation habitait réellement les cœurs, verrait-on autant de regards durs, de paroles blessantes et de froideur dans des lieux censés apaiser ? Verrait-on des grèves brandies comme des épées, sans mesurer que derrière chaque service fermé, il y a une vie suspendue et une famille au bord de l’effondrement ?

Comment comprendre que, le 2 mars 2026, une femme accouche à 2h du matin, et qu’il faille attendre 10h pour informer son mari et lui demander d’apporter les effets du bébé ? Pendant huit longues heures, on lui remet des ordonnances et examens coûtant près de 200 000 francs CFA, sans explication. Pourtant, même si son épouse avait été référée pour hypertension et que les prescriptions devaient se poursuivre, n’est-il pas élémentaire que le mari soit informé dans les trente à soixante minutes suivant l’accouchement ? N’a-t-il pas le droit de savoir à quoi servent ces ordonnances interminables qu’il achète de 2h à 10h, alors même que sa femme a déjà accouché ?

Sur la toile, un témoignage rapporte qu’un homme aurait perdu sa femme en janvier 2026. Victime d’un AVC, elle aurait passé trois semaines en réanimation avant de rendre l’âme. Au moment du deuil, on aurait présenté à son mari une facture de 1 538 000 francs CFA pour l’oxygène. Plus d’un million et demi pour respirer avant de mourir. Et l’on voudrait que le peuple se taise ?

Le décès de cette parturiente n’est qu’une goutte d’eau dans une mer de silences. Si son mari n’avait pas parlé, ce drame serait passé sous silence, comme tant d’autres. Et toutes les familles sans voix qui n’ont aucune maîtrise des réseaux sociaux ? Qui parle pour elles ? Certes, l’État a sa part de responsabilité, mais certains médecins, par paresse ou désinvolture, laissent la vie des patients entre les mains de stagiaires, sous prétexte qu’ils doivent “apprendre”.

À l’hôpital de zone de Calavi, nous avions déjà dénoncé que les nourrissons et leurs nourrices dormaient à la belle étoile. Ils ont ensuite fait l’effort minimal de les entasser dans un conteneurs (métalliques) qu’ils ont pris le soin après de climatiser. Bravo ! Mais juste à l’arrière de ces conteneurs, un bâtiment ultra moderne et flambant neuf a été construit pour soulager les usagers. La construction est terminée, l’ouvrage livrée depuis des lustres, et pourtant l’hôpital refuse toujours d’y transférer les nourrissons et les nourrices. Ils continuent de les entasser dans conteneurs (métalliques). Quelle logique ? Quelle humanité

Cette situation conforte l’idée d’une nouvelle forme de grève, celle de punir les patients pour toucher les politiciens. Depuis quelques jours on lit des publications de professeurs et médecins réclamant de meilleurs droits. Certes, ils ont droit à mieux. Mais quel autre fonctionnaire tient la vie et la mort entre ses mains ? Pourtant, certains se comportent comme de simples salariés en quête de gain, parfois supérieur à celui des politiciens qu’ils critiquent. En les lisant, on ne sait plus si c’est le médecin politique ou l’assassin mélancolique qui écrit.

Il faut revenir à trois vérités simples :

  1. On n’entre pas en médecine sans vocation. Si c’est le titre qui vous attire, abandonnez!
  2. Sans humanité, la médecine devient une violence organisée. Informer, respecter, accompagner sont des gestes simples, essentiels, gratuits, mais porteurs d’âme.
  3. Transformer l’hôpital en machine de commerce de la souffrance, c’est trahir le cœur même du métier.

Derrière chaque patient, il y a une famille et personne n’est à l’abri lorsqu’il s’agit de passer de l’autre côté du lit. Hommage, par ailleurs, aux médecins qui donnent la vie.

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