La 35e finale de la Coupe d’Afrique des nations, disputée dimanche à Rabat entre le Maroc et le Sénégal, continue de susciter de vives réactions à travers le continent. Une rencontre spectaculaire, remportée par les Lions de la Teranga, qui décrochent ainsi leur deuxième trophée continental, mais dont l’issue demeure fortement contestée en raison de plusieurs décisions arbitrales controversées.
Le but refusé au Sénégal, suivi du penalty accordé au Maroc en toute fin du temps réglementaire par l’arbitre congolais Jean Jacques Ndala, a provoqué une vive tension sur la pelouse. Ces décisions ont entraîné une situation inédite. Les joueurs sénégalais ont quitté le terrain avant de revenir quelques minutes plus tard afin de permettre la poursuite de la rencontre.
Un geste qui divise profondément l’opinion sportive.
Si certains observateurs dénoncent une attitude jugée antisportive, estimant qu’elle aurait déstabilisé psychologiquement le tireur marocain Brahim Diaz, auteur d’une panenka manquée, d’autres saluent au contraire un acte fort visant à « barrer la voie à l’injustice ».
Les tensions ne se sont pas limitées à la pelouse. Dans les tribunes, la colère des supporters sénégalais a gagné en intensité. Certains ont tenté d’envahir le terrain durant près de quinze minutes et ont été difficilement contenus par les stadiers, appuyés par les forces de l’ordre, dans un climat proche de l’affrontement général.
Sur les réseaux sociaux, les réactions fusent dans tous les sens. Analystes sportifs, anciens joueurs et internautes multiplient les prises de position, au point d’accentuer la pression sur la Confédération africaine de football (CAF), désormais appelée à se prononcer sur le comportement des joueurs sénégalais, malgré leur sacre.
Certains estiment même que le Sénégal aurait dû perdre la rencontre sur tapis vert. Ils s’appuient sur l’article 82 du règlement de la CAF, qui stipule : « Si une équipe quitte le terrain sans l’autorisation de l’arbitre, elle peut être considérée comme perdante et éliminée de la compétition ».
Des interprétations divergentes qui pourraient contraindre la CAF à ouvrir un dossier disciplinaire à l’encontre de la sélection sénégalaise.
Présent dans les tribunes lors de cette finale, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a lui aussi réagi. Dans un communiqué transmis à l’AFP et relayé par le média français L’Équipe, il a déclaré : « Il est inadmissible de quitter le terrain de cette manière, et la violence ne saurait tolérée dans notre sport, elle est tout simplement inacceptable. Nous devons toujours respecter les décisions prises par les arbitres sur et en dehors du terrain. Nous condamnons fermement le comportement de quelques joueurs Sénégalais et les membres du staff technique ».
Des propos forts qui rendent le climat post-finale particulièrement inquiétant pour le Sénégal. Si une sanction de la CAF semble inévitable dans les prochains jours, son degré de sévérité demeure incertain, d’autant plus que la Fédération royale marocaine de football (FRMF) est passée à l’offensive.
Ce lundi 19 janvier, la FRMF a officiellement porté plainte auprès de la CAF. Elle dénonce le comportement des joueurs sénégalais, accusés d’avoir quitté volontairement la pelouse afin de faire pression sur les officiels, et a déposé un recours formel contre la Fédération sénégalaise de football.
Par ailleurs, l’arbitre de la finale, Jean Jacques Ndala, se retrouve lui aussi au cœur de la tourmente. Selon nos confrères de Le Onze Mondial, un député marocain, visiblement affecté par la défaite de la sélection nationale, aurait exigé que l’arbitre congolais soit traduit devant la justice marocaine.
D’après le média, lors d’une session extraordinaire, le parlementaire aurait estimé que l’officiel avait commis un « manquement » grave dans l’exercice de ses fonctions, allant jusqu’à l’accuser de connivence. « Il a fait voler en éclat notre rêve, il doit être jugé et condamné ici », a-t-il affirmé.
Une déclaration largement relayée sur les réseaux sociaux, et qui pourrait sérieusement nuire à l’image et à la sérénité du juge central de cette finale.
Face à cette situation, la Fédération congolaise de football (FECOFA) a tenu à apporter son soutien à Jean Jacques Ndala. Dans un message publié sur sa page officielle, l’instance loue son professionnalisme et son parcours durant la compétition : « Vous avez brillamment officié lors de rencontre de très haut niveau, marquées par une forte intensité et une pression considérable. Votre gestion rigoureuse des matchs, votre sang froid, votre maitrise technique et votre sens élevé de l’éthique arbitrale ont été unanimement salués. Vous avez sû honorer l’arbitrage congolais et défendre avec dignité les couleurs de notre pays. Au nom de tous les amoureux du ballon rond, je vous souhaite une carrière encore plus brillante couronnée de succès et de reconnaissance ».
Un soutien institutionnel de poids, susceptible d’apaiser le moral de l’arbitre congolais, désormais sous le feu des projecteurs.
Pendant ce temps, au Sénégal, l’heure est à la célébration. Les Lions de la Teranga, rentrés au pays depuis mardi, ont été accueillis en héros. Une parade populaire a été organisée avant leur réception officielle au palais présidentiel par le président Bassirou Diomaye Faye et son gouvernement.
En guise de reconnaissance, chaque joueur a reçu une prime de 115 000 euros, accompagnée d’un terrain individuel de 1 500 m² sur la Petite-Côte, dans la région de Dakar. Les membres de la Fédération sénégalaise de football ont, quant à eux, bénéficié d’une prime de 75 000 euros et d’un terrain de 1 000 m² dans la même zone.
Les agents du ministère ayant accompagné la délégation n’ont pas été oubliés : une enveloppe globale de 465 000 euros, ainsi que des terrains à partager, leur a été attribuée. Un geste hautement symbolique du chef de l’État, qui traduit l’immense fierté nationale suscitée par ce deuxième sacre continental, le premier obtenu sous sa présidence, et la joie d’avoir vu, une fois encore, le drapeau sénégalais flotter au sommet du football africain.
Denis KODJO
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