La tentative de coup d’État déjouée le 07 décembre 2025 continue de susciter débats et interrogations dans l’opinion publique béninoise. Parmi les critiques les plus relayées, une question revient avec insistance. Était-il normal que le Président de la République, Chef suprême des armées, se retrouve en première ligne lors d’une opération militaire aussi sensible ?
Pour Janvier YAHOUEDEOU, Coordonnateur du Collège des ministres conseillers et ministre conseiller chargé des Affaires économiques et du Numérique, la réponse est oui, et cela relève même des normes historiques du leadership en temps de crise.
Intervenant sur un plateau de télévision consacré à l’analyse de la tentative de putsch, Janvier YAHOUEDEOU a tenu à remettre le débat dans son contexte historique et stratégique. Contrairement à une lecture contemporaine qui voudrait confiner le chef de l’État dans une posture exclusivement institutionnelle, l’histoire universelle montre que les grands dirigeants ont souvent assumé le risque suprême lorsque la survie de la nation était en jeu.
D’aucuns estiment néanmoins que la sécurité du chef de l’État aurait dû primer sur toute considération symbolique, afin d’éviter un risque institutionnel majeur. Mais cette lecture occulte une réalité fondamentale, celle où, en temps de menace existentielle contre la République, l’absence du commandant suprême peut fragiliser davantage les troupes et le commandement.
De George WASHINGTON pendant la guerre d’indépendance américaine à Napoléon BONAPARTE sur les champs de bataille d’Austerlitz, d’Iéna ou de Waterloo, le coordonnateur rappelle que le commandement suprême s’est longtemps exercé au plus près du danger.
Le parallèle ne s’arrête pas aux figures occidentales. L’histoire béninoise et africaine regorge elle aussi de chefs qui ont partagé le sort de leurs soldats. Les rois Ghézo et Béhanzin, figures majeures du Danxomè, allaient au front, non pour tirer, mais pour diriger, encourager et assumer symboliquement la charge du combat. Bio Guera, résistant du nord du Bénin, incarne également cette tradition du chef debout au cœur de l’épreuve.
Plus près de nous, l’ancien Président Mathieu KÉRÉKOU, confronté à des menaces sécuritaires, s’était immédiatement rendu au camp Ghézo, assumant personnellement la mobilisation et la coordination militaire.
« …Lorsque le soldat a l’information comme quoi le chef est derrière, le chef suprême des armées est avec lui, prêt à mourir comme lui, il est motivé », souligne le ministre conseiller.
Loin des images spectaculaires du cinéma, la réalité du combat est brutale. Le Président lui-même aurait confié la violence psychologique de l’instant: « …Lorsque vous êtes couché et que vous voyez le feu craché venir vers vous comme ça, ce n’est pas facile à vivre. Et le Chef dit : « Mais ce sont des hommes qui sont en train de tirer de l’autre côté. Ceux qui vont tomber, ce ne sont pas des enfants de quelqu’un ? Je suis le chef, c’est vrai, mais je dois rester avec mes soldats. »» rapporte Janvier YAHOUEDEOU, indiquant que la présence du Président Patrice TALON aux côtés des troupes loyales jusqu’à la fin des opérations du 07 décembre ne relève ni de la mise en scène ni de l’imprudence, mais d’un choix profondément humain.
Au-delà de l’émotion, cette présence au front envoie un message qui rappelle que l’autorité politique ne se délègue pas quand la République vacille. En restant auprès de ses soldats, Patrice TALON a incarné, selon ses soutiens, une certaine idée du commandement, celle où la responsabilité suprême ne se vit pas à distance, mais au plus près de ceux qui risquent leur vie pour la nation.
Pour Janvier YAHOUEDEOU, l’histoire jugera ce moment comme l’un de ceux où le Président a démontré, au-delà des réformes et des chiffres, un attachement viscéral au Bénin. Que l’on adhère ou non à cette lecture, la tentative de coup d’État du 07 décembre 2025 restera un tournant. Et la présence du Président au cœur de l’opération militaire, loin d’être une anomalie, s’inscrit dans une longue tradition de chefs qui, face au péril, ont choisi de ne pas se dérober.
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