Malgré les contrecoups qu’il a encaissés aussi bien à l’interne qu’à l’externe lors des élections communales et législatives du 11 janvier 2026, Zéphirin KINDJANHOUNDE a su maintenir le cap et conduire son parti, l’Union Progressiste le Renouveau, à une performance remarquable à Zogbodomey dans la 24ᵉ circonscription électorale. Dans cet entretien exclusif, il revient sans détour sur le déroulement du scrutin, la dynamique électorale à Zogbodomey, les réalités complexes du combat politique, ainsi que sur les débats nationaux ayant marqué cette séquence décisive de la vie démocratique béninoise.
CENTRAL CHRONIQUE : Honorable KINDJANHOUNDE, bonjour. Votre parti, l’Union Progressiste le Renouveau, a enregistré des résultats particulièrement impressionnants à Zogbodomey. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Zéphirin KINDJANHOUNDE : J’ai personnellement conduit la campagne dans les 11 arrondissements de Zogbodomey, décomposés en 80 villages et quartiers de ville administrative. Mais pour des besoins d’efficacité, mon équipe et moi les avions, comme à nos habitudes, subdivisés méthodiquement en 132 stations ou hameaux afin d’assurer un travail de proximité réel et efficace.
Je me suis investi physiquement et stratégiquement dans l’ensemble de ces localités. Ce fut un travail exigeant, fait d’écoute, de dialogue et de présence permanente auprès des populations. Le résultat parle aujourd’hui de lui-même. Nous avons eu 16 conseillers sur 19 à Zogbodomey pour l’Union Progressiste le Renouveau. C’est une performance historique, jamais égalée dans la commune depuis 1991.
Même à l’époque où j’étais candidat à la mairie, je n’avais jamais atteint un tel score avant d’être élu maire de Zogbodomey. Et mieux encore, aucune force politique, même lorsqu’elles étaient regroupées, je pense notamment à l’Union fait la Nation composée en son temps de la RB, de Force Clé et du PRD, n’avait jamais pu atteindre, encore moins dépasser, ce niveau. Le meilleur score enregistré auparavant par cette force politique oscillait entre 9 et 13 conseillers maximum. Aujourd’hui, nous seuls, nous avons gagné plus de 84 % des sièges, malgré les difficultés rencontrées.
CENTRAL CHRONIQUE : Dans nos investigations, il nous est rapporté que vous avez été confronté à des contrecoups aussi bien en interne qu’en externe, mais malgré cela, vous avez fait ce score. Comment avez-vous géré ces situations ?
Zéphirin KINDJANHOUNDE : La politique n’est jamais un long fleuve tranquille. J’aurais pu aller beaucoup plus loin en termes de suffrages, mais j’ai malheureusement été confronté à beaucoup de difficultés internes que je ne préfère pas aborder.
Chez nous, un adage enseigne que l’on n’expose pas les hontes de la famille sur la place publique. C’est dans cet esprit de retenue et de responsabilité que je m’exprime. Sans entrer dans les détails, je peux néanmoins affirmer avoir été témoin de comportements profondément regrettables au cours de cette période électorale. Il s’est agi, entre autres, d’actions de contre-campagne menées avec les symboles d’un autre parti, d’actes d’intimidation et de menaces à l’encontre de nos militants, ainsi que du déchirement systématique de nos affiches de campagne. Ces agissements ont été orchestrés par une personne issue du même bord politique que nous et qui appartient par ailleurs à la famille. J’en disposais de preuves écrites, et j’ai même surpris l’intéressé sur le terrain, quelques jours avant le scrutin, en train de distribuer clandestinement, en pleine nuit, les logos d’un parti concurrent.
Mais j’ai choisi la voie de la responsabilité. L’intéressé a reconnu les faits et s’est engagé à ne plus jamais reproduire de tels actes, ni pour la présidentielle à venir, ni pour les élections générales futures. J’ai considéré qu’il s’agissait d’une affaire de famille politique.
Malgré tout cela, nous avons réalisé une prouesse jamais égalée à Zogbodomey. C’est pourquoi je rends grâce à la population, qui m’a accordé une confiance massive. Ce soutien populaire me conforte et m’oblige davantage à servir avec humilité et responsabilité.
CENTRAL CHRONIQUE : Aux législatives, vous avez réuni environ 23 000 voix. Beaucoup de citoyens ne comprennent pas comment un tel score ne permet pas d’accéder à l’Assemblée nationale. Que leur répondez-vous ?
Zéphirin KINDJANHOUNDE : C’est une interrogation légitime, et je comprends parfaitement les populations. Mais c’est aussi la réalité du scrutin de liste, qui obéit à des règles bien précises. Parfois, malgré un score élevé, la configuration nationale ne permet pas d’obtenir un siège.
Il faut donc savoir faire preuve de patience et de maturité démocratique. Dans la vie politique comme ailleurs, il y a toujours quelqu’un devant et quelqu’un derrière. L’essentiel est de rester constant et déterminé. Le plus important pour moi à présent, c’est de remercier sincèrement le président Patrice TALON, ainsi que la haute direction politique de l’Union Progressiste le Renouveau, notamment le professeur Joseph Fifamin DJOGBÉNOU, pour la confiance placée en nous en nous positionnant sur la liste.
Il faut aussi souligner que Zogbodomey n’avait jamais enregistré 23 000 voix lors d’élections législatives. C’est une première historique. Et je prends ici l’engagement que lors des prochaines échéances, Zogbodomey ne laissera même pas cent voix à une autre formation politique que l’Union Progressiste le Renouveau.
CENTRAL CHRONIQUE : Pour la présidentielle à venir, certains appellent à la démission de Romuald WADAGNI, notamment en raison de sa candidature. Vous avez déjà eu à répondre à cette question qui revient sans cesse. Quel est votre avis aujourd’hui ?
Zéphirin KINDJANHOUNDE : Monsieur le journaliste, comme vous l’avez vous-même rappelé, vous m’avez déjà interrogé ici même sur cette question. À l’époque, j’avais clairement dit que ceux qui tiennent ce discours, nous les connaissons tous, et que je les mettais au défi de proposer un candidat sérieux, crédible et ayant la trempe de notre candidat, le ministre d’État Romuald WADAGNI. J’avais également souligné qu’ils n’avaient pas de boussole politique.
Aujourd’hui, les faits parlent d’eux-mêmes. Ont-ils été capables de présenter un candidat ? Non. Ils n’y arrivent pas parce qu’ils manquent d’organisation et de vision. Beaucoup de personnes, comme vous, estiment même que j’avais anticipé cette situation tel un devin, tant leur désordre était prévisible.
Les appels répétés, parfois désespérés, à la démission de Romuald WADAGNI ne sont rien d’autre qu’une tentative de manipulation de l’opinion publique, puisque ni la Constitution de notre pays ni le Code électoral en vigueur ne stipulent, à quelque endroit que ce soit, qu’un candidat devrait démissionner dans ces conditions.
Mieux encore, avant l’arrivée du président Patrice TALON au pouvoir, ceux qui exigent aujourd’hui la démission de Romuald WADAGNI faisaient eux-mêmes partie de l’appareil d’État lorsqu’ils soutenaient la candidature du Premier ministre de l’époque, désigné comme dauphin de l’ancien président Boni Yayi. À ce moment-là, personne ne lui avait demandé de démissionner.
Plus grave encore, ce Premier ministre, alors candidat en quête d’occupation du terrain, utilisait régulièrement un hélicoptère qui était un moyen de l’État pour aller faire ces manœuvres politiques, jusqu’à l’incident que l’on connaît où il est allé briser cet hélicoptère sans que cela ne suscite la moindre accusation. Pour ma part, je n’ai jamais vu Romuald WADAGNI parcourir le pays en hélicoptère pour se constituer une base électorale, simplement parce que nous qui le soutenons disposons déjà d’une base politique solide et bien ancrée. Nous ne sommes pas dans l’improvisation.
Enfin, parmi ceux qui réclament la démission de notre candidat, le ministre d’État Romuald WADAGNI, figurent également des éternels contestataires, ce que j’appellerais un véritable club de grincheux. Certains courants, notamment ceux issus du PCB, ont cette particularité : même lorsqu’ils parviennent à porter un président au pouvoir, au bout de quelques mois à peine, ils lui tournent déjà le dos.
CENTRAL CHRONIQUE : Merci, Honorable.
Zéphirin KINDJANHOUNDE : C’est moi.
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