Privé d’eau et de pause, le journaliste a la gorge sèche et des araignées dans les pieds

Pendant près de six heures d’antenne en direct sur la télévision nationale, le Général Abdourahamane Tiani s’est livré à un exercice de communication inédit dans l’histoire politique récente du Niger. Une durée exceptionnelle, un format sans respiration apparente et un discours dense. Ce qui devait être un moment de clarification politique s’est surtout transformé en démonstration de présence.

Face à lui, un journaliste visiblement réduit à la portion congrue, la gorge sèche et les pieds figés dans un dispositif laissant peu de place à la relance. L’entretien a pris les allures d’un monologue institutionnel, révélateur d’une communication verticale où la parole circule dans un seul sens.

L’intervention a été marquée par la répétition de positions déjà connues, une accumulation de justifications et une absence de hiérarchisation des priorités. Cette parole fleuve donne le sentiment qu’il fallait occuper l’espace médiatique coûte que coûte, dans l’idée que la longueur pouvait tenir lieu d’argument.

Lorsqu’un pouvoir consacre près de six heures à convaincre, cela traduit moins une maîtrise du message qu’une difficulté à en dégager l’essentiel. La communication moderne repose sur la synthèse, la clarté et la capacité à annoncer des décisions fortes en peu de temps. Ici, la durée a fini par diluer le contenu.

On se croirait en pleine campagne électorale, avec une parole surabondante, insistante et destinée à saturer l’espace médiatique. Tout cela semble davantage refléter une inquiétude sur la légitimité populaire que la simple volonté d’informer. La longueur et l’insistance du discours laissent transparaître une tension entre le pouvoir et son peuple, comme si le chef de l’État était préoccupé voir déprimé par l’opinion qu’il suscite au sein de son peuple.

Au-delà de la performance oratoire, se pose la question des conditions d’exercice du pouvoir au sommet de l’État. La dépression n’épargnant personne, fut-il un chef d’État, n’est-il pas temps pour l’entourage de lui imposer un repos afin de vérifier son état de santé et lui permettre de revenir en force ? Au-delà des accusations que Tiani porte sur le Bénin et d’autres, c’est désormais sa santé qui doit préoccuper puisqu’on néglige trop souvent ceux qui sont au sommet de l’État, qui s’échinent à gouverner tout en souffrant en silence.

Une chose est certaine, la crédibilité d’un pouvoir ne se mesure ni au temps d’antenne ni au volume de mots prononcés. Elle se construit sur des décisions lisibles, des résultats tangibles et une communication maîtrisée. Un chef fort n’est pas celui qui occupe l’écran pendant des heures, mais celui qui fixe un cap clair en quelques minutes.

Cet exercice hors norme restera comme un cas d’école dans la sous-région. On pourrait d’ailleurs envisager que cet entretien soit le Guinness Record des entretiens télévisés de chef d’État. Reste à savoir si cette performance renforcera l’autorité du pouvoir ou si elle accentuera les interrogations qu’elle prétendait dissiper.

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